Après Shanghai, il était temps de se diriger enfin vers la ville qui m'accueillerait les 5/6 prochains mois.
Un rapide passage au guichet de la gare à Shanghai, certes moins glorieux que Piépié, puisque la conversation à tourné à l'anglais après quelques minutes de flou artistique (linguistique ?)...
Billet en poche, nous avons pu patienter longuement dans la salle d'attente non climatisée (!) de la gare, en compagnie d'un bon gros millier de personnes.
Un trajet assez moche à travers l’arrière pays du Zhejiang et ses étranges maisons. Un arrêt dans une gare complètement vide, et l’une des hôtesses qui nous crie quelque chose. On se dit que ça doit être notre destination, y a pas d’autre raison de nous crier dessus.
Aussitôt crié, aussitôt fait : nous voilà gare de l’Est, en train de chercher un taxi pour Xi Hu (Lac de l’Ouest). Le Lonely Planet conseille l’hôtel de l’université du Zhejiang pour les petits budgets. Cela se révèle assez vrai. Les chambres sont d’excellente qualité, et il en coûte 190 rmb par chambre de 2. A 10 minutes du lac en taxi, c’est donné. Un seul problème : le campus a plusieurs entrées et le chauffeur a choisi en suivant son instinct. Il nous a donc fallu trimballer nos dizaines de kilos à travers cette usine à cerveaux. Les gardes, très gentils, nous ont indiqué la direction à prendre. Gentils certes, mais je pense qu’ils étaient de la même trempe que le taxi driver, question instinct. C’est finalement une étudiante anglophone qui s’est chargée de nous emmener à notre destination.
Je marque une pause. Les esprits les plus aguerris se seront sûrement demandé : « Pourquoi va-t-il à l’hôtel, s’il est censé habiter sur place, ce nigaud ? »
Voyez-vous, chères gens, je n’avais aucunement l’intention de recommencer de sitôt un stage sans avoir pris la mesure des lieux qui m’accueillaient. Et puis je n’allais pas laisser Alban vadrouiller sans ma compagnie. Donc l’entreprise allait bien m’attendre un jour de plus. Déjà que je n’ai pas eu de vacances entre mes deux stages…
Première impression après le premier soir à Hangzhou : la laideur de ses banlieues n’a d’égale que la magnificence de son lac. Les cieux cléments nous ont offert un somptueux couché de soleil sur les collines et pagodes de Xi Hu. Après en avoir tant entendu parler par quelques chanceux blogueurs, j’ai enfin pu partager leur expérience.
Pour revenir à des choses plus terre-à-terre, il nous a fallu trouver un endroit où poursuivre cette si belle soirée. C’est le Baby Face qui nous tendit ses portes accueillantes. Rompu à l’exercice, puisque nous avions côtoyé son pendant shanghaien, nous avons franchi son seuil sans trembler. Et c’est avec surprise que nous avons découvert un bar plus sympa qu’à Shanghai, moins bondé, gratuit à l’entrée, et toujours aussi fournit en chinoises joueuses de dés, avec une musique moins stressante qu’à Shenzhen. [c’était avant de découvrir la perle rare de l’Orient… j’en parlerai plus tard]
Le lendemain fut consacré à une exploration en bonne et due forme de la ville. On s’est dit : « Pourquoi ne pas aller tirer quelques moustaches devant le temple de Ling Yin ? » Une initiative heureuse qui nous a permit de découvrir un endroit particulièrement impressionnant, construction bouddhique typique. Il nous a tout de même manqué un guide pour profiter intellectuellement de cette jolie visite. Je sais juste que le temple a été sauvé in extremis d’une destruction certaine en 1961, en étant placé sur une liste de sauvegarde.
Nous sommes revenus en taxi vers le lac sous un ciel menaçant. Ce qui ne nous a pas découragé d’explorer plus en détail ses rives. Xi Hu dispose de quelques ravissantes petites îles aux noms délicieux : le pavillon de la lune d'automne sur le lac paisible pour n’en citer qu’un. Elles sont accessibles par bateaux ou à pied pour certaines. Par des ponts. Nous avons voulu rejoindre la plus proche d’entre elles à pied. Je ne saurai pas vraiment dire ce qui a fait louper la manoeuvre, la pluie qui tombait à verse, l’état second après l’élévation spirituelle de Ling Yin ou bien la défaillance de mon orientation à cause des vapeurs de lotus. Toujours est-il que nous avons pris le mauvais pont, celui qui ne fait que traverser le lac sur 3 kilomètres sans nous emmener sur quelque île que ce soit. On les voyait bien pourtant, les gens revenir en courant à cause de l’orage, les motos roulant au pas, et les voiturettes de touristes rouler à vide en sens inverse. Mais bon on s’est dit que ça allait se calmer. Résultat des courses : un bon rhume pour Alban, une marche forcée pour tous les deux, mais encore une belle ballade au milieu du joyau de la Chine.
Plus généralement, Hangzhou s’est rapidement révélée être une station balnéaire pour riches Shanghaiens. Tout est très cher sur le bord du lac, les concessionnaires Ferrari, Porsche et Bentley ont pignon sur rue. Partout, des boutiques de luxe sont masquées par les pancartes « ouverture prochaine ». C’est encore plus dur qu’à Shanghai niveau communication mais ça va bien finir par rentrer, si je veux manger quelque chose dans un restaurant où ils n’ont pas de photos sur le menu. Ca se passe assez bien quand même, les gens sont presque toujours gentils et serviables, ça rend mal à l’aise parfois. Et puis de toute façon, toute proportion gardée, les chinois ne parlent pas moins anglais que les français. Ici, il y a des panneaux en anglais, des menus en anglais parfois, et dès que quelqu’un connaît un mot d’anglais, il va venir le tester sur nous. Donc c’est la bonne ambiance.
Dans le bus l’autre jour j’étais avec un Hongkongais. Ah bah ça a jasé là-dedans ! On m'a traduit ce que mes voisins racontaient (après leur avoir dit que j'étais français): "Qu'est-ce qu'un français peut bien faire ici? En plus, pourquoi est-ce qu'il parle anglais s'il est français, il doit avoir un accent pourri si c’est pas sa langue...". Avant ça ils avaient demandé à mon voisin pourquoi ils n’arrivaient pas à comprendre ce qu’il disait alors qu’il était chinois. Il a répondu qu’il parlait anglais. Et là, réaction classique de la surprise chinoise mêlée d’admiration : un oooOOO montant très caractéristique, niveau débutant en chinois, accessible à tous, et tellement marrant à placer en conversation.
Après un trajet en taxi plutôt instinctif celui-là aussi : 2 chauffeurs se sont relayés et m’ont demandé 3 fois d’appeler le bureau pour leur indiquer la route, me voici donc rendu à Lin Ping, banlieue industrielle de Hangzhou.
J’ai rapidement été présentée à celle qui sera ma compagne dans les matinées difficiles : la pointeuse. Clock in à 8 :30, clock out à 18 :00. Comprendre début à 8h du matin pour mes collègues chinois. Pour chaque demi-heure de retard, ce sont 20 rmb qui sont prélevés sur le salaire des gentils travailleurs.
Lors des premiers jours, le boss nous a parlé de deux allemands qui étaient là il y a quelques mois. Ils ne sont restés que 3 mois, mais, nous dit-il, tout Lin Ping se souvient d’eux. A voir les regards des gens dans les rues ça ne m’étonne pas.
Un ancien collègue de Hongkong en visite au bureau nous a raconté une anecdote invraisemblable.
Il avait amené deux copains australiens dans son village natal, en Chine profonde. La plupart des habitants n’avaient jamais vu de blanc dans la réalité, c’était donc l’effervescence au village. Alors que les 2 compères marchaient sur le bord d’une route, un camion a croisé leur chemin. Le conducteur, les voyant, est resté sous le coup de la surprise, bouche bée et yeux écarquillés. Il en a oublié ce pourquoi il était assis derrière un volant et a filé tout droit au virage suivant. C’était une falaise qui plongeait dans une rivière. Il a pu sauter à temps, puisque c’était un bon camion bien chinois (c’est-à-dire sans carrosserie ni portière). Si c’était un film j’aurai vraiment trouvé ça idiot…
Pour revenir au boss, il nous parlait des allemands, et nous avouait n’avoir pas réussi à leur apprendre les rudiments de chinois. Idée géniale ! Il nous demande si on veut un prof de langue. Evidemment !
Quelques jours plus tard, une jolie étudiante de la fac de langue passait un entretien dans la salle d’à côté…
Bon elle n'est pas là que pour nous, elle fait aussi des traductions pour la boîte, mais ça fait très plaisir.
D'ailleurs on nous a donné des noms chinois, et depuis hier, des cartes de visite : un côté anglais, un côté chinois. Avec ça les soirées vont prendre une nouvelle dimension. Les cartes vont voler dans tous les sens.
Depuis le temps que j'ai les poches remplies de cartes de visite chinoises, je vais pouvoir me venger et participer à ce sport national qu'est la distribution de carte.
De la folie ce début de semaine au bureau.
Le boss de Hongkong arrivait hier. Donc tout le monde prépare son powerpoint, le nez dans le guidon, pour faire une belle présentation. Les fronts sont trempés, les doigts glissent sur les touches. Bref les troupes ont peur. C’est l’inspection.
Moi… peinard, mon chef m’avait dit qu’il s’occupait des diapos. Il m’avait aussi dit qu’il les ferait traduire en anglais pour moi, en marmonnant qu’on le préparerait ensemble. Sympa.
Puis aujourd’hui, il m’envoie le fichier à 9h. Il y a une diapo laissée vide dedans, c’est pour Bibi. Je commence à remplir ça, puis à 9h10, mon chef vient me voir : « il faut que tu viennes dans la salle de réunion, on t’attend ». Faut savoir alors je remplis ma diapo ou bien je vais en réunion ? Les deux mon capitaine. Un bâclage de diapo et quelques secondes plus tard, me voici dans mon fauteuil tout cuir, devant une présentation futuriste d’un nouveau projet censé résoudre la faim dans le monde. Oui les chinois ont de grandes idées. Et ça tourne souvent au n’importe quoi.
Vient le tour de mon chef, il se lève en rigolant, demande s’il doit faire la présentation en anglais. On lui répond oui et il se lance, au bout de 18 secondes il repasse au chinois. Ca dure un temps, puis le boss de Hongkong lui demande qui fera la présentation devant le « foreigner » demain. Il répond Mathieu, ce félon. Et me voilà avec un powerpoint à peine lu, en train de présenter un projet révolutionnaire devant les chinois… Je me sens loin de chez moi, d’un coup.
Aujourd’hui ce n’est que la répétition générale. Les potes du boss de Hongkong, les huiles, arrivent demain.
Un peu plus tard, après le tollé avorté, un petit groupe s’est formé près de mon bureau. Ca discute des grands pontes de demain. Ils voudront aller se promener près du Lac de l’Ouest, et il leur faudra quelqu’un.
On se tourne vers moi : « Hé ! Ca te dirait de les accompagner là-bas ? Tu connais bien le lac ».
Moi, consterné : « vous habitez tous ici, triple buses ! C’est quoi ce piège ? »
Eux : « on n’y va jamais au lac, tu y étais ce week-end »
Qu’est-ce qu’ils ne feraient pas pour fuir les coups durs…
Finalement ils réfléchissent un peu, et constatent que la visite du lac, c’est pendant ma présentation demain…
C’est dommage, trimballer les ancêtres aurait pu être marrant. Comme ça j’aurais pu lâcher mes premières business cards en toute bonne foi.
Mais d’ailleurs, s’ils ne viennent pas regarder les présentations, ils viennent pour quoi ?
C’est peut-être une opération façade pour supprimer un concurrent ou venir chercher une cargaison de came. Ca va sentir l’entrepôt brûlé ce soir.
Autre exemple du blocage dont parle mon frère Nicolas.
Vu sur le site Shanghaiist, Google News serait débloque en Chine?
J’avais accès à Google News version anglaise depuis mon arrivée à Hangzhou. C’est vrai que désormais la version française est débloquée, et que l’anglophone est beaucoup plus rapide.
Ce dont l’article ne parle pas, c’est du contenu proposé par ce site en Chine. Récemment arrivé en Chine, Google, à l’instar de son concurrent Microsoft, a accepté de jouer avec les règles du jeu pour pouvoir pénétrer ce marché prometteur. C’est-à-dire filtrer les requêtes afin de rester dans la législation chinoise. Ils ne l’ont avoué publiquement qu’à demi-mot.
La version chinoise de l'outil blog proposé par Microsoft permet de faire apparaître des messages d'avertissement lorsque certains mots comme "démocratie" ou "manifestation" sont écrits en chinois. Le système, particulièrement sophistiqué, est conçu pour réagir selon la combinaison des mots employés. Il est souligné que Microsoft s'était associé en mai 2005 à une société dirigée par le fils de l'ancien président chinois Jiang Zemin et que Google va établir prochainement des accords similaires en Chine. L'auteur ajoute que la censure s'effectue également en Chine par une police de l'Internet et que tous les blogueurs et détenteurs de sites doivent être référencés auprès du gouvernement avant le 30 juin 2005, faute de quoi leur site sera supprimé.
Source : Microsoft, censeur zélé de la liberté d'expression en Chine, Brice Pedroletti, Le Monde, 16 juin 2005
Ce ‘déblocage’ arrive-t-il parce que le moteur de google news a désormais intégré les outils de censure et peux ‘librement’ (dés)informer les internautes?
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