Samedi 22 octobre 2005
Une avalanche de notes ces jours-ci. Rassurez-vous ça ne durera pas, je suis à Shanghooze ce weekend, normalement ça se met en ligne tout seul. Je récupère mes parents et mes 2 frangins dimanche matin là-bas, et nous filerons vers Beijing pour quelques jours. Au souvenir de nos précédents voyages familiaux il devrait y avoir de l'anecdote croustillante.

Le sujet du jour : inauguration de mon entreprise par le gratin provincial.
J’en vois déjà qui pouffent devant cette évocation quasi-culinaire. Tremblez donc, misérables ! Ma province, le Zhejiang (débrouillez-vous pour prononcer), est la plus riche et la plus dynamique de Chine. Je ne rentrerai pas dans les détails, tout simplement parce qu’ils me sont étrangers, mais sachez que chaque province est dirigée par un gouvernement. Et que ce gouvernement ne se déplace pas pour empapaouter des diptères, comme dirait l’autre. Il y avait donc du beau monde, du genre qui a taillé sa carrière politique à coups de bidons d'essence.

les pontes

Pour assurer un max, on nous avait fait répéter auparavant le tomber de rideau, censé dévoiler aux yeux des caméras le nom de notre entreprise : 15 caractères chinois collés sur le mur, excusez du peu.

entreprise


Fanfares et jolies hôtesses étaient bien entendu de la fête, et tout ce beau monde s’en est donné à cœur joie pour fournir à tous un moment de qualité, empreint d’un patriotisme ému. Je n’ai pas compris les discours des huiles, ça parlait beaucoup de Hongkong et du Zhejiang, c’est tout ce que je peux dire.

hotesses

fanfare

Un petit détail marrant, que Charly a découvert. Les huiles gouvernementales jouissent évidemment d’une voiture de fonction allemande ou américaine, au coffre suffisamment profond pour contenir des choses que la morale réprouve: cordes, pelles, bidons, bouteille de vin rouge, chaux vive, etc. Et lesdites voitures sont immatriculées en fonction de la place du fonctionnaire dans l’administration. Nous avions donc l’immense privilège d’accueillir messieurs numéro 2 et 16, entre autres.

numero uno

Sur la photo vous pouvez constater que le numéro 1 était garé devant le restaurant. Nous n’aurons pas le privilège de le rencontrer. Trop gros dossier, surtout pour nous. 

Venons-en au fait, le repas. Un moment dont seuls les chinois ont le secret. A part à la table des seigneurs, nous autres les simples serfs, avons fait fi de tout protocole. Les pontes, eux, ont passé tout le repas à se faire trinquer les uns les autres, et à faire le tour des 80 convives en s’arrêtant à chaque table pour faire « Gambei ». Nombre de mes collègues n’ont pas attendu que les chefs leur tendent le verre, et ont gouleyé comme des sauvages. Il y avait de la bière, du vin rouge chinois, et une sorte de yop, il paraît que ça fait fureur dans les plaines de l’Ouest (véridique, c’est pas seulement pour le jeu de mot Yoghourt/Ouïgour). Bref les chinois se sont mis pompette. Ca me fait quelques photos compromettantes dans mes petits dossiers.

boissons
(vous pouvez aperçevoir les cartons de yop)

Pendant le repas, on se demande qui invite tout le monde, réponse : notre entreprise. Il y a un allemand très sympa à table, il se fout de nous en disant qu’on va se récupérer des coupes salariales le mois prochain, ou bien qu’on va passer à la caisse à la fin du repas.
Que n’avait-il dit, ce malheureux ! A la fin du repas, on vient nous voir, Charly et moi : « bon les gars y a pas assez, va falloir allonger». Si c’est pas de la bonne perte de face de son chinois, ça ? L’entreprise qui ne peut même pas assurer un repas. On a vidé nos poches avec Charly, il leur manquait 1500 RMB, je ne sais pas où ils ont trouvé le reste.
La honte ! Et l’Allemand, hilare, qui jubilait…

apres le repas

Retour à l’entreprise, en taxi, puisque le bus de l’aller, c’était juste pour montrer au gouvernement qu’ils traitaient bien leurs employés. Et là, deuxième effet kisscool : un chinois aux toilettes qui maudit le pinard (et probablement son métabolisme asiatique), et une poignée d’autres qui pioncent sur leur table. Aucune tenue, bref c’était déplorable.

après-midi

En fin d’après-midi, voulant s’esquiver discrètement, on se fait coincer par notre professeur, qui saisit l’occasion pour retourner boire un coup avec nous, il a l’air rincé par sa journée de politiquement correct. Au final ça nous a fait passer quelques moments qui seront parmi les derniers seul à seul avec lui. Il ne revient pas souvent par ici, et c’est toujours l’occasion d’écouter un bonhomme qui a fait un bon bout de chemin autour du monde et dans sa carrière.



par Mathieu publié dans : Hangzhou
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