L’un de ces bus affichait fièrement le numéro K155 l’année dernière. J’avais trouvé la chose plaisante : en lisant les chiffres comme des lettres, ça donne « KISS ». Cette petite particularité fort innocente rompait discrètement le paysage urbain et apportait une touche romantique bien maladroite aux carrefours anonymes de Hangzhou. Content de ma trouvaille inutile, j’avais à l’époque l’esprit serein de celui qui sait, et je pensais avec bienveillance aux myriades d’inconnus qui empruntaient sans le savoir le « Love bus ».

Depuis mon retour, au hasard des transports (comprenez: au volant d'une QQ), le souvenir de ce bus m’est revenu et j’ai été surpris de ne pas le retrouver dans la circulation. En furetant quelque peu, j’ai appris que la ligne avait été suspendue. Un petit pincement au cœur. Le K155 était parti, emportant avec lui un jeu de mot urbain dont je me croyais l’unique amateur. Mon orgueil s’est bien vite dégonflé : la fin du cocasse engin avait été saluée par la presse et sa dernière tournée fut un adieu célébré par tous. Les couples de la ville s’étaient passés le mot pour une dernière virée romantique à son bord.
Au temps pour mon ego de poète des villes solitaire.
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